Vancouver, le 16 avril 2010
Notes pour une allocution au Bureau des affaires francophones et
francophiles de l’Université Simon Fraser
Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles
Seul le texte prononcé fait foi
J’ai le plaisir d’être parmi vous aujourd’hui, au Bureau des affaires francophones et francophiles (BAFF) de l’Université Simon Fraser. Le travail que fait le BAFF constitue une pratique exemplaire que le Commissariat utilise régulièrement, d’ailleurs, comme exemples auprès d’autres communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada.
J’aime beaucoup Vancouver et je suis toujours très impressionné par la vitalité de la communauté franco-colombienne, qui est répartie un peu partout dans la province. C’était vrai, il y a trois ans, lors de mon premier passage à titre de commissaire, c’était vrai lors de mon passage aux Jeux olympiques et, par la présence de vous tous, c’est aussi vrai aujourd’hui.
Durant mon séjour à Vancouver dans le cadre des Jeux olympiques, les activités organisées pour le public par la communauté francophone ont contribué à l’atmosphère festive qui régnait aux Jeux. À Vancouver, comme à Maillardville, des milliers de personnes ont pu découvrir la culture francophone de la province et du pays. Le français était visible – et audible – de diverses façons sur les sites olympiques et dans les rues.
Je suis intéressé par l’approche adoptée en Colombie-Britannique face à sa communauté francophone, qui en est une d’ouverture, de collaboration et de respect mutuel. La relation qui existe entre francophones et anglophones exhibe la fierté que vous associez à l’apprentissage de nos deux langues officielles et, par extension, d’autres langues également. Vous cherchez à découvrir comment chaque culture peut contribuer au bien commun de la province et de ses citoyens.
Cela se manifeste dans l’intérêt que vous portez aux gens issus des programmes de français langue seconde, dans le rôle important joué par les francophones au sein de l’industrie du tourisme ainsi que dans votre accueil chaleureux des divers groupes et organismes francophones.
Au plan universitaire, l’Université Simon Fraser constitue un exemple modèle de la manière de bien appuyer les étudiants provenant de l’immersion et des programmes de français langue seconde ainsi que ses étudiants francophones afin qu’ils puissent poursuivre leurs études en français tout en répondant à leurs besoins. Par l’entremise du BAFF, l’université fait preuve d’engagement envers la communauté francophone et démontre l’importance de sensibiliser tous les Britanno-Colombiens à la culture francophone du Canada.
L’automne dernier, le Commissariat a publié une étude intitulée Deux langues : Tout un monde de possibilités – L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes. En complément à cette étude, nous avons également lancé une carte Web qui permet aux élèves et étudiants de découvrir les possibilités d'apprentissage en langue seconde offertes actuellement dans les universités canadiennes. Cette carte sert à illustrer les cours de langue seconde offerts, les cours en langue seconde offerts, les appuis disponibles, les possibilités de réseautage offertes et les possibilités d'échanges disponibles.
Je m’intéresse au rôle que peuvent jouer les universités en matière d’apprentissage en langue seconde depuis le début de mon mandat. Je crois que nos universités canadiennes doivent contribuer à fournir à leurs étudiants tous les outils dont ils ont besoin pour accéder au monde du travail. Dans plusieurs cas, cela inclut la capacité de s’exprimer dans nos deux langues officielles.
Nous avions déjà une bonne connaissance des programmes d’apprentissage en langue seconde aux niveaux élémentaire et secondaire, mais nous avions très peu d’information concernant ce même type de programmes au niveau universitaire. Afin de pouvoir assurer un continuum d’apprentissage du primaire jusqu’au marché du travail, nous devons nous attarder sur cette question et nous assurer que cette information est disponible au public.
La connaissance de nos deux langues officielles est primordiale pour l’épanouissement de notre jeunesse, surtout si l’on tient compte de l’économie mondiale du savoir et de l’intensification de la concurrence internationale.
Il est tout aussi important qu’un plus grand nombre de Canadiens puissent apprendre le français et l’anglais. Cela ferait preuve de l’engagement du Canada envers la dualité linguistique. Dans le contexte du renouvellement de la fonction publique, il est également essentiel que notre gouvernement dispose d’un plus vaste bassin de recrues bilingues.
Résultats de l’étude
En général, l’accès aux programmes et cours « réguliers » permettant aux étudiants de continuer leur apprentissage dans leur langue seconde est bon. Cependant, les occasions d’apprentissage intensif dans la langue seconde (par exemple, l’étude d’un domaine dans la langue seconde) étaient limitées. À présent, seul un nombre limité de cours dans un éventail très restreint de disciplines est offert dans la langue seconde.
Peu d’universités possèdent des politiques ou exigences en matière de langue seconde. Celles qui existent sont minimales et s’appliquent habituellement à quelques cours seulement offerts dans une langue autre que le français au Québec et autre que l’anglais dans le reste du pays.
De plus, il existe très peu de collaboration entre les établissements d’enseignements de langue française et de langue anglaise. Ces collaborations sont pourtant essentielles afin d’offrir aux étudiants plus d’occasions d’échanges et un meilleur contact avec la langue seconde. Bien que de nombreuses universités canadiennes offrent ou facilitent des échanges avec d’autres pays, les occasions d’échanges entre institutions canadiennes sont très limitées.
Ce qui fonctionne et ce qui doit être amélioré
Dans le cadre de notre étude, nous avons fait les constats suivants sur la façon d’améliorer l’apprentissage en langue seconde dans nos universités.
Premièrement, les étudiants que nous avons consultés nous ont indiqué que le professeur demeure le facteur le plus important. Ils nous ont indiqué également que de plus petites classes sont essentielles afin de permettre une interaction accrue dans la langue seconde. Ils ont ajouté que des cours en langue seconde fondés sur le contenu – y compris un contenu d’aspect culturel ou adapté au domaine d’apprentissage – rendent l’expérience beaucoup plus stimulante.
De leur côté, les professeurs et des administrateurs universitaires qui participent à des programmes de langue seconde sont d’avis que le leadership et l’engagement de la haute gestion sont essentiels. Les universités doivent montrer qu’ils valorisent l’enseignement en langue seconde. Cela inclut la planification, la coordination et la négociation avec d’autres facultés et institutions, ce qui occasionne également des coûts supplémentaires pour les universités qui ne peuvent être pleinement reconnus en adoptant la formule du financement par personne des programmes universitaires.
Étudiants, professeurs, administrateurs, experts et représentants gouvernementaux sont tous d’avis que l’accès aux occasions réelles pour utiliser et pratiquer la langue seconde, aux échanges et aux autres occasions d’interaction avec des gens qui parlent l’autre langue sont absolument essentiels. Il est impossible de bien apprendre une autre langue simplement en suivant un cours; on doit vivre cette langue.
Prochaines étapes
Afin que les universités puissent offrir à nos jeunes les outils dont ils ont besoin dans le cadre de leur continuum d’apprentissage en langue seconde, les gouvernements ont un rôle important à jouer. Le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux devront collaborer de près avec les universités pour y arriver.
À cet effet, nous avons formulé de nombreuses recommandations visant le gouvernement du Canada ainsi que les universités canadiennes. Je ne m’attarderai pas sur toutes ces recommandations ici aujourd’hui, mais j’aimerais en souligner quelques-unes.
Au gouvernement du Canada et aux gouvernements provinciaux et territoriaux, nous avons recommandé de créer un nouveau fonds visant à offrir une aide financière aux universités. Un tel fonds permettrait à celles-ci d’élaborer et de mettre en œuvre de nouvelles initiatives destinées à améliorer les possibilités d’apprentissage en langue seconde.
Dans l’étude, nous recommandions également à la Commission de la fonction publique d’élaborer, en collaboration avec les universités, un cadre de travail sur les aptitudes linguistiques, comme le Cadre européen commun de référence pour les langues, afin d’établir des équivalences entre les examens administrés par la fonction publique et ceux qu’emploient les universités. Le but ultime serait de confier aux universités la tâche de qualifier préalablement les étudiants selon les différents niveaux de compétences linguistiques que doivent atteindre les candidats pour occuper un poste au sein de la fonction publique. Mon bureau participe actuellement à des discussions avec la Commission à ce sujet.
Quant aux universités, celles-ci devront adopter des stratégies et plans d’action pour améliorer les occasions d’apprentissage de la langue seconde, selon leurs propres situations et circonstances. J’encourage également les universités à réunir de plus amples données sur la volonté et la capacité des professeurs d’enseigner des cours dans l’autre langue et sur les objectifs d’apprentissage des étudiants ainsi que le type d’occasions qu’ils aimeraient. Finalement, j’encourage les universités à trouver de nouvelles façons de reconnaître l’importance de l’apprentissage en langue seconde et de faire preuve de la valeur qui s’y rattache.
L’Université Simon Fraser et le BAFF sont bien avancés dans ce contexte et demeurent un exemple modèle pour d’autres universités canadiennes, tout comme la communauté francophone de la Colombie-Britannique l’est pour d’autres communautés de langue officielle en situation minoritaire au pays.
Étude sur les indicateurs de vitalité
D’ailleurs, le Commissariat vient de lancer, hier, une étude sur les indicateurs de vitalité de la communauté francophone de la Colombie-Britannique. Il s’agit de la troisième série d’études du genre. Dans le cadre de cette série, le Commissariat s’est également penché sur la vitalité de la communauté francophone de Calgary et sur celle de petites communautés francophones en milieu rural de la Saskatchewan.
Nous avons entrepris ces études afin qu’elles puissent bénéficier à la fois aux gouvernements et aux communautés. Nous voulions également que ces études puissent soutenir ces derniers dans l’identification et l’évaluation des aspects ayant une influence sur la vitalité.
Nous avons reconnu le besoin de concevoir des outils pour appuyer les institutions fédérales, afin qu’elles puissent mieux répondre aux obligations de la Loi sur les langues officielles. Cela inclut la notion de « mesures positives » à la partie VII de la Loi. Dans cette optique, les études sur les indicateurs de vitalité peuvent fournir des pistes pour les institutions fédérales sur comment mieux appuyer le développement et la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Dans un contexte où la reddition de comptes est de plus en plus importante, ces études avaient aussi pour but d’appuyer les communautés dans la démonstration de résultats concrets pour les fonds reçus des institutions fédérales, tout en appuyant ces dernières dans la prise en charge de leur propre développement.
Pour le Commissariat, c’était également une occasion d’augmenter le niveau de connaissance que nous avions sur la vitalité et d’offrir des exemples de mobilisation communautaire aux autres communautés de langue officielle, ailleurs au pays.
Pour cette étude, plutôt que de cibler une communauté ou une région en particulier de la Colombie-Britannique, les chefs de file francophones nous ont demandé d’inclure l’ensemble des régions de la province. Cette approche nous a permis de profiter de la participation d’un grand nombre de personnes travaillant au développement des diverses communautés.
Le portrait qui s’en dégage met en évidence des communautés relativement autonomes et autosuffisantes, souvent organisées autour d’un centre communautaire. La majorité des francophones de la Colombie-Britannique ne sont pas nés dans la province. Une proportion importante d’entre eux sont également de nouveaux arrivants au Canada, ou des Canadiens de deuxième génération. Il n’est donc pas surprenant que le recrutement et la rétention de nouveaux membres de la communauté demeure un enjeu important.
De plus, elle reconnaît l’importance de la collaboration avec des partenaires dans l’ensemble de la province. Des organismes tels le BAFF et Canadian Parents for French demeurent des modèles dans l’échange et la collaboration entre francophones et francophiles de la province.
Cette ouverture envers l’ensemble des cultures de la province transparaît dans les activités de la communauté. Entre autres événements culturels, le Festival d’été francophone de Vancouver, le Festival du Sucre d’Érable de Nanaimo et le Festival du bois de Maillardville sont de parfaits exemples de réussites au sein de la communauté. Vous avez trouvé une formule vous permettant de partager la culture francophone avec l’ensemble de la population de façon chaleureuse et accueillante.
Bien sûr, on ne peut oublier la place de la francophonie ayant élu résidence à l’Île Granville à l’occasion des Jeux olympiques ce printemps. Ce projet d’envergure a fait connaître le visage francophone du Canada au monde entier, tout en démontrant l’importance qu’accordent les Britanno-Colombiens à la place de la francophonie dans leur province.
La francophonie de la côte Ouest a un potentiel considérable, mais notre étude fait état de défis importants également.
Si les communautés locales sont autonomes, elles souffrent parfois d’isolement. La taille restreinte de la communauté peut représenter un défi important. Mais surtout, les services au sein de la communauté reposent sur un nombre relativement restreint de personnes et sur un accès limité aux ressources. Nombreux sont ceux qui ont fait état d’un certain épuisement du personnel de leurs organismes.
Malgré l’existence d’obstacles réels, je sais que la communauté francophone pourra compter sur l’appui de partenaires dont le BAFF. Les communautés de langue officielle du pays entier sont en transformation et les organismes qui les appuient doivent avancer dans la même direction. Bien que nos communautés de langue officielle doivent toutes prendre en charge leur propre développement, elles n’ont pas à le faire seules. En Colombie-Britannique, la communauté francophone doit pouvoir bénéficier de l’appui des gouvernements provincial et fédéral. Et ces derniers doivent demeurer réceptifs aux priorités établies par la communauté et travailler avec elle pour contribuer à son épanouissement.
La communauté francophone de la Colombie-Britannique bénéficie déjà d’une solide planification stratégique, que cette étude vient enrichir et appuyer. L’étude propose des pistes à explorer et des façons de mesurer le progrès accompli. Elle constitue également un excellent outil de dialogue entre la communauté et ses partenaires gouvernementaux.
Par ses études, ainsi que son travail auprès de la communauté, le Commissariat offre un appui à toutes les communautés de langue officielle du pays, y compris la communauté francophone de la Colombie-Britannique.
Il y aura toujours des défis à surmonter, mais par sa volonté très apparente, je sais que cette communauté continuera de laisser sa marque sur la Colombie-Britannique et qu’elle continuera de servir de modèle pour d’autres communautés de langue officielle.
Merci.


