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Ottawa, le 30 mars 2010

Notes pour une comparution devant le
Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes


Graham Fraser Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les parlementaires, membres du Comité permanent des langues officielles, Monsieur le Président, bonjour.

Je suis accompagné aujourd’hui de Sylvain Giguère, commissaire adjoint, Politiques et Communications, de Johane Tremblay, avocate générale, et de Ghislaine Charlebois, commissaire adjointe, Assurance de la conformité.

Je suis heureux de venir vous rencontrer aujourd’hui pour discuter des aspects linguistiques liés aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2010 à Vancouver.

J’ai porté beaucoup d’attention à l’organisation des Jeux olympiques de 2010 à Vancouver au cours des trois dernières années. Mon personnel a maintenu des communications régulières avec le Comité organisateur des Jeux olympiques et paralympiques de 2010 à Vancouver (COVAN), de même qu’avec le Secrétariat fédéral des Jeux, qui relève de Patrimoine canadien. Je vous ai fait part de mes préoccupations pour la première fois en novembre 2006, lors de ma première comparution devant vous à titre de commissaire. J’ai publié un rapport sur les Jeux au mois de décembre 2008 et un rapport de suivi en septembre 2009. En plus des services aux visiteurs et aux athlètes, le dossier de la télédiffusion des Jeux en français a retenu mon attention jusqu’à la toute dernière minute.

Les Jeux sont maintenant terminés. Il est temps de faire un bilan et d’en tirer des leçons pour l’avenir.

Au cours des prochaines semaines, mon personnel terminera l’analyse des plaintes d’une quarantaine de citoyens portant presque uniquement sur la cérémonie d’ouverture. Comme à l’habitude, nous communiquons avec ces personnes et avec les institutions visées, dans ce cas‑ci principalement Patrimoine canadien. Chacun sera mis au courant tout au long du processus ainsi que lorsqu’une décision finale sera prise.

D’autre part, les diverses institutions fédérales ayant offert des services dans le cadre des Jeux me remettront un rapport de leurs activités d’ici le 1er juillet. En fonction de ces rapports et de notre propre analyse, nous produirons une évaluation globale du rendement du COVAN et des institutions. Ce document inclura également mes propositions sur comment mieux refléter la dualité linguistiques lors de l’organisation d’autres événements de grande envergure au Canada ainsi que d’événements internationaux à l’image du Canada.

J’ai eu l’occasion de passer une semaine aux Jeux dans le but d’observer le travail sur le terrain. Cela m’a permis de rencontrer d’autres observateurs intéressés, tel le Grand témoin de la Francophonie de l’Organisation internationale de la Francophonie, Pascal Couchepin. Deux employés du Commissariat étaient aussi aux Jeux et ils ont pu observer l’application des obligations linguistiques par le COVAN et les institutions fédérales sur place.

Mon témoignage d’aujourd’hui est basé sur ce que j’ai vu lors de mon passage à Vancouver. Il s’agit donc de premières impressions sur les aspects les plus visibles du bilinguisme aux Jeux, en attendant l’analyse plus approfondie.

Je tiens d’abord à partager une constatation qui a pu être faite par tous les Canadiens et Canadiennes qui ont regardé les Jeux à la télévision. J’ai été fort impressionné par le nombre de nos jeunes athlètes qui s’exprimaient avec aisance dans les deux langues officielles. Alexandre Bilodeau, Maëlle Ricker, Joanie Rochette, Jennifer Heil, Roberto Luongo, Jonathan Toews, Charles Hamelin, Kristina Groves, Clara Hughes, Jasey-Jay Anderson, Sidney Crosby et plusieurs autres ont charmé par leur désir d’exceller, leur personnalité et leur bilinguisme. Le fait que leur nombre augmente d’une olympiade à l’autre constitue un message éloquent sur l’engagement des jeunes à l’égard de leur pays et sur leur ouverture sur le monde.

Je veux aussi souligner à quel point les activités organisées pour le public par les communautés francophones ont contribué à l’atmosphère festive qui régnait aux Jeux. À Vancouver, comme à Maillardville, des milliers de personnes ont pu découvrir la culture francophone du pays. La Place de la francophonie a d’ailleurs reçu un hommage enthousiaste de la part du Vancouver Sun, qui lui accordait une médaille d’or pour sa programmation entraînante.

Le français était visible – et audible – de diverses façons sur les sites olympiques et dans les rues. La signalisation bilingue du COVAN était généralement uniforme. Les notices biographiques des athlètes étaient disponibles dans les deux langues, comme prévu.

D’un point de vue plus personnel, j’aimerais souligner le fait que j’ai pu m’inscrire en français. En effet, à mon arrivée à l’aréna Thunderbird, j’ai été accueilli à la sécurité par une offre active dans les deux langues. Lorsque j’ai demandé au bénévole à la porte de l’aréna où je devais me rendre en fonction de mon laissez-passer, il m’a répondu « I don’t speak French. Jenny, you speak French. » Le bénévole s’est tourné vers sa collègue, qui a pu m’aider et m’a dirigé vers l’endroit approprié. Il s’agit du modèle de la façon dont les gens devraient être servis dans les deux langues.

Dans le cas de plusieurs enjeux soulignés dans nos rapports, c’est-à-dire la traduction, la signalisation, les directions, la disponibilité des déclarations des athlètes et la traduction des documents, on peut affirmer que les Jeux de Vancouver ont été un franc succès.

Dans cette optique, j’apprécie le travail qu’a fait votre comité, la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), le ministre James Moore et les représentants du gouvernement .

Vous vous rappelez peut-être que lors de ma première comparution devant ce comité, en novembre 2006, je me préoccupais de la possibilité que les francophones hors Québec ne puissent regarder les Jeux à la télévision dans leur langue. Vous vous êtes penchés sur cette question. À la suite de l’intervention de Konrad von Finckenstein et du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, des efforts du consortium et des mesures dévouées à l’intérêt public qu’ont prises les entreprises de câblodistribution, les Jeux olympiques ont été bien couverts dans les deux langues, et les reportages en français ont été télédiffusés sur la chaîne CPAC dans l’ensemble du pays.

Je tiens donc à féliciter tous ceux qui ont contribué à la diffusion des Jeux dans les deux langues partout au Canada. Malheureusement, de nombreux Canadiens étaient d’avis que la cérémonie d’ouverture ne reflétaient pas la dualité linguistique du pays.

Comme nous menons actuellement une enquête à la suite des plaintes que nous avons reçues, je ne pourrai discuter de la cérémonie d’ouverture aujourd’hui. Cependant, je crois qu’il est malheureux que cet enjeu ait jeté une ombre sur les réalisations importantes dont nous avons été témoins.

J’espère que nous pourrons participer à la réflexion sur la façon dont le Canada se présente sur la scène internationale en ce qui concerne la dualité linguistique.

Cependant, mes employés sur place ont remarqué que le programme souvenir officiel des Jeux en français était à peu près introuvable, sauf sur le site Web. Il s’agit d’une occasion manquée tant pour le COVAN que pour le Canada, car il s’agit d’un outil promotionnel qui aurait pu faire le tour du monde.

Quant au service, on rencontrait souvent des bénévoles du COVAN capables d’offrir de l’information dans les deux langues officielles, quoiqu’ils aient été parfois difficiles à repérer et que leur répartition sur les sites ait pu parfois sembler aléatoire. Plutôt que de trouver une personne bilingue, les bénévoles unilingues avaient parfois tendance à recourir à la gesticulation enthousiaste. La technique est certes sympathique, mais pas toujours efficace.

Plusieurs institutions fédérales, comme Postes Canada, ont profité de leurs infrastructures sur place pour faire de l’affichage grand format dans les deux langues. Certains commanditaires, comme Coca-Cola et La Baie ont fourni un affichage et un service dans les deux langues.

Évidemment, le protocole olympique a été appliqué avec exactitude : les annonceurs sur les sites semblent avoir utilisé le français et l’anglais de façon systématique, tant lors des compétitions que lors des cérémonies de remise de médailles.

Avant les Jeux, j’avais exprimé certaines craintes quant aux services offerts par les diverses institutions fédérales à Vancouver durant la période des Jeux. Les constatations que j’ai pu faire à ce sujet sont relativement limitées. J’aimerais donc réserver mes commentaires pour le rapport final, lorsque j’aurai davantage de données en main. Je reconnais cependant d’emblée que des efforts significatifs ont été faits pour augmenter le nombre d’employés et de bénévoles bilingues sur place, notamment pour les services offerts à l’aéroport international de Vancouver.

Dans l’hypothèse où les institutions fédérales auront offert un service bilingue de qualité supérieure à l’habitude, il me semble utile de rappeler que les obligations linguistiques en vigueur lors des Jeux olympiques sont en fait les mêmes que celles qui s’appliquent en tout temps. Il faut éviter ce que certains considèrent le retour à la normale, qui pour l’Ouest canadien est un bilinguisme approximatif et une absence presque totale d’offre active. Garantir aux contribuables canadiens des services bilingues et conformes à la Loi sur les langues officielles dans cette région exige le leadership des dirigeants d’une vaste gamme d’institutions, un engagement accru de la part du Conseil du Trésor et, bien sûr, la vigilance des parlementaires.

Je continuerai donc à surveiller de près la prestation des services fédéraux dans la région de Vancouver et par extension l’Ouest canadien. Au cours de la prochaine année, je compte également mettre l’accent sur les droits du public voyageur. Il est primordial que les obligations des administrations aéroportuaires à cet égard soient clarifiées.

Il est aussi important que le ministre adopte un projet de loi qui clarifiera les obligations linguistiques des nouvelles entités créées par Air Canada au sein de la structure de l’entreprise (p. ex., Jazz). Un tel projet de loi devrait non seulement protéger les droits linguistiques du public voyageur, mais aussi garantir que les employés d’Air Canada conservent leur droit de travailler dans la langue officielle de leur choix au sein des nouvelles entités de la famille d’Air Canada.

Je vous remercie du temps qui m’a été accordé. Mes collègues et moi sommes prêts à répondre à vos questions.