2. Profil communautaire de la région réunissant St. Isidore-de-Bellevue, Duck Lake, Domremy, St. Louis et Hoey

Page 4 de 9

2.1 Population6

2.1.1. Histoire7

La communauté fransaskoise tire ses origines des grandes expéditions organisées à partir de 1731 par Pierre Gauthier de Varennes, sieur de La Vérendrye. Attirés par la fourrure de castor et motivés par la quête de trésors, le passage vers l’Orient et l’apostolat, les premiers colons français établissent les premiers sites permanents à Fort-à-la-Corne et à l’Île-à-la-Crosse.

Un grand nombre de coureurs des bois, voyageurs ou explorateurs, en provenance de la vallée du Saint-Laurent, continuent à s’établir dans l’Ouest au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Les mariages entre hommes français et femmes autochtones donnent naissance à la nation métisse, une francophonie originale et unique dans l’Ouest canadien.

À partir de la fin du XIXe siècle, le gouvernement canadien amorce un grand projet de colonisation de l’Ouest, qui dote cette région d’une nouvelle francophonie composée d’Européens, de Franco-Américains et de Canadiens français. Délibérément dispersée par les autorités de l’époque, cette population prend surtout racine dans les régions propices à l’agriculture. Une centaine de petits villages émergent ainsi dans la tradition purement canadienne-française, avec au coeur leurs institutions catholiques et leur vie communautaire.

Peu à peu, l’apport de l’immigration réduit cependant le poids démographique des francophones de la province. Au début du XXe siècle, la communauté fransaskoise amorce donc une longue lutte pour la survie de la langue française et la sauvegarde de son identité. Elle crée, en 1912, une association porte-parole, qui deviendra au fil des ans l’Assemblée communautaire fransaskoise. Cette association mobilise encore aujourd’hui des forces vives de l’ensemble de la province en vue de favoriser le développement de la communauté fransaskoise.

Les communautés faisant l’objet de cette étude font partie de trois municipalités rurales distinctes, soit St. Louis, Hoodoo et Duck Lake. Géographiquement, ces communautés sont situées à environ 100 km au nord-est de la ville de Saskatoon et à environ 50 km au sud-est de Prince Albert. Elles servent de principaux centres de services aux communautés rurales avoisinantes.

2.1.2 Démographie

Globalement, la population de ces municipalités rurales a connu un déclin de 8,3 p. 100 entre 2001 et 2006, passant de 2 800 à 2 586 personnes. Le nombre d’habitants qui déclarent avoir le français8 comme langue maternelle en 2006 se dénombre à 550, soit environ 21,2 p. 100 de la population. Lorsqu’on ajoute, à ce nombre, la population déclarant à la fois le français et l’anglais comme langues maternelles, en 2006, le nombre de francophones s’élève à environ 565, soit à peine 15 personnes de plus.

Tableau 2 : Données démographiques de base

  St. Louis Hoodoo Duck Lake Total
Population totale 2006 1 006 804 776 2 586
Population totale 2001 1 154 701 945 2 800
Variation (%) -12,8 14,7 -17,9 -8,3
Population de langue maternelle française (2006) 435 35 80 550
Proportion (%) 43,2 4,3 10,3 21,2
2.1.3 Langue

L’examen de la population selon différentes variables linguistiques permet de jeter une certaine lumière sur la présence du français dans la vie des citoyens de la région.

Tableau 3 : Connaissance et utilisation du français

    St. Louis Hoodoo Duck
Lake
Total
Population totale 2006   1 006 804 776 2 586
Personnes connaissant les deux langues officielles (n.) 535 50 115 700
(%) 53 6 15 27
Personnes parlant le plus souvent français à la maison (n.) 245 0 25 270
(%) 24 0 3,2 10,4
Population de 15 ans et plus parlant le plus souvent français au travail (n.) 105 0 0 105
(%) 16,4 0 0 6,3

Selon les données du Recensement de 2006, dans cette région rurale de la Saskatchewan, 700 personnes connaissent les deux langues officielles, ce qui représente environ 27 p. 100 de la population totale. Toutefois, seulement 270 personnes (10,4 p. 100) déclarent le français comme langue la plus souvent parlée à la maison. Ajoutons qu'une très grande majorité de la population régionale (83,5 p. 100) déclare parler le plus souvent anglais à la maison et 2,3 p. 100 déclarent parler une langue non officielle.

En ce qui concerne la langue de travail, seulement 6,3 p. 100 des personnes de 15 ans et plus déclarent parler plus souvent français au travail.

2.1.4 Âge

L'âge médian de la population de la région fluctue entre 44 et 48,3 ans, et, dans tous les cas, cela représente un chiffre plus élevé que celui de l'ensemble de la population de la province de la Saskatchewan, qui se situe à 38,7 ans. De plus, les communautés sont composées d'un plus fort pourcentage de personnes âgées de 15 ans et plus que l'ensemble de la province. Seule exception : la communauté de St. Louis, où 80,1 p. 100 de la population est âgée de plus de 15 ans, comparativement à 80,6 p. 100 pour l'ensemble de la province.

Tableau 4 : Âge de la population

  St. Louis Hoodoo Duck Lake Saskatchewan
Âge médian 44 48,3 44,8 38,7
Population âgée de 15 ans ou plus (%) 80,1 86,3 81,9 80,6
2.1.5 Conditions socioéconomiques

Selon les données de Statistique Canada, les niveaux d’instruction dans les régions concernées sont sensiblement les mêmes que ceux de l’ensemble de la population de la Saskatchewan. Par exemple, dans les deux cas, environ 30 p. 100 de la population sont sans diplôme d’études secondaires, tandis que 26,2 p. 100 possèdent un diplôme du secondaire ou l’équivalent. Toutefois, dans les régions rurales concernées, seulement 8,7 p. 100 de la population possèdent un diplôme universitaire, alors que cette proportion s’élève à presque 13 p. 100 dans l’ensemble de la population provinciale.

Par ailleurs, les revenus médians des citoyens des régions concernées fluctuent entre 18 401 $ et 23 015 $. Globalement, ces revenus sont légèrement inférieurs au revenu médian de l’ensemble de la population, qui est d’environ 23 755 $.

2.2 Projet du terroir

Le Projet du terroir est un projet de développement rural qui consiste à promouvoir l’agriculture, la culture et le patrimoine régional au moyen du terroir. Il a été conçu par l’Assemblée communautaire fransaskoise et l’Institut français de l’Université de Régina en réponse aux principaux défis des régions rurales en Saskatchewan : l’exode, le vieillissement de la population et la diminution du nombre de petits producteurs agricoles. Les instigateurs du projet cherchent donc à accroître la vitalité communautaire au moyen du terroir.

Lors des rencontres internationales Planète terroirs de l’UNESCO, tenues en 2005, à Paris, la définition suivante du terroir a été proposée et validée9 : « Un espace géographique délimité dans lequel une communauté humaine construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs et de pratiques fondées sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains.

Les savoir-faire révèlent une originalité, confèrent une typicité et permettent une reconnaissance pour les produits ou services originaires de cet espace et donc pour les personnes qui y vivent. Les terroirs sont des espaces vivants et innovants qui ne peuvent être assimilés à la seule tradition »10.

En Saskatchewan, le projet propose de mettre en valeur le patrimoine vivant et les produits de la région en tenant compte de l’environnement, de la culture, du savoir et du savoir-faire en milieu rural et plus particulièrement de la culture francophone.

Les instigateurs ont choisi la région réunissant St. Isidorede-Bellevue, St. Louis, Domremy, Hoey et Duck Lake comme site du projet en raison de sa forte concentration francophone, de ses ressources, de son caractère authentique, de son patrimoine et de son dynamisme.

Le Projet du terroir poursuit des objectifs, que l’on peut répartir dans quatre grands thèmes : l’économie collaborative, l’identité et le sens d’appartenance, la démographie et la migration ainsi que le dialogue interculturel11.

2.2.1. L’économie collaborative

Le Projet du terroir cherche d’abord à créer des conditions propices à la collaboration entre les intervenants de la chaîne agroalimentaire. On souhaite que ces collaborations mènent à la création d’emplois qui renforcent le fait français et l’identité francophone dans la région. Ainsi, les communautés croient qu’une économie rurale forte et vivante passe par la valorisation des cultures et des produits locaux ainsi que par la dynamisation du secteur de l’agriculture (production, transformation et commercialisation). Une conomie rurale forte et prospère suppose aussi des infrastructures adéquates et une main-d’oeuvre qualifiée. Une telle économie se définit également en fonction de l’attrait qu’elle représente aux yeux des citoyens des milieux urbains et des touristes.

2.2.2. L’identité et le sens d’appartenance

En lien avec ce qui précède, les communautés souhaitent que le Projet du terroir se traduise par un grand sentiment de fierté et de solidarité au sein de la population. En collaborant et en élaborant des projets, notamment des économusées, des centres d’interprétation du terroir et des circuits agrotouristiques, les communautés mettront en valeur leur patrimoine commun. De telles initiatives contribueront à projeter une image plus rayonnante des communautés francophones et à améliorer l’image que les citoyens ont d’eux-mêmes.

2.2.3. La démographie et la migration

Les communautés fransaskoises ayant participé à l’étude croient que le Projet du terroir peut donner lieu à une plus grande vitalité du point de vue démographique. À ce chapitre, on dira que le Projet du terroir aura connu du succès lorsqu’il aura contribué à freiner et à renverser les problèmes liés à l’exode et au vieillissement de la population. Le projet agira en créant des emplois en région, en valorisant le métier d’agriculteur, en favorisant la qualité de vie en milieu rural et en intervenant de façon stratégique auprès de la jeunesse.

2.2.4. Le dialogue interculturel

Vu leur situation géographique et sociolinguistique, les communautés rurales de la Saskatchewan croient que le dialogue interculturel joue un rôle de plus en plus important dans le renforcement de l’identité et de l’économie. Le Projet du terroir est une occasion de bâtir des ponts et de créer de nouveaux liens avec les communautés autochtones et anglophones.

2.3 Ressources de la communauté

Les francophones de la région réunissant St. Isidorede-Bellevue, St. Louis, Domremy, Hoey et Duck Lake font partie de la grande famille fransaskoise et de son organisme phare, l’Assemblée communautaire fransaskoise. La région constitue d’ailleurs un des 12 districts électoraux de l’Assemblée. Ces districts sont basés sur le découpage de la carte électorale provinciale. Conformément à la structure de gouvernance de l’Assemblée, les gens de la région ont donc la possibilité d’élire leur député communautaire.

Le territoire est riche en jalons historiques. Il comprend notamment Batoche, le site de la bataille ultime du oulèvement des Métis de 1885, le parc provincial Fort Carlton, le Centre d’interprétation régional de Duck Lake et l’emblème du bison « antiquus » de St. Louis. La région connaît une certaine affluence touristique, surtout grâce à ses activités récréatives et à sa proximité des routes qui relient Saskatoon et Prince Albert.

Plusieurs groupes bénévoles sont à l’oeuvre dans la région, la plupart voués à la culture. La liste suivante présente les principaux services et ressources communautaires.

Organismes locaux
  • Centre francophone BDS Inc. (nouvel organisme résultant de la fusion des organismes suivants : Association culturelle de Bellevue, Association culturelle Coeur-franc de St. Louis, Centre fransaskois de Domremy)
  • Archives de Bellevue
  • St. Louis Historical Society
  • Amis de Batoche
  • Dizaines for Batoche Development Co-operative Ltd.
Services et autres ressources
  • Centre d’information touristique
  • École St. Isidore
  • Foyer Jésus-Marie – foyer pour personnes aînées
  • Bed and Breakfast chez Tina
  • Bulletins communautaires
  • Pèlerinage de Saint-Laurent
  • Parc des pionniers (St. Louis)
  • L’Eau vive (hebdomadaire provincial)
  • Routes scéniques
  • Centre de Service Canada
  • Terrains de camping
Associations provinciales avec antennes locales
  • Assemblée communautaire fransaskoise
  • Association des parents fransaskois
  • Association jeunesse fransaskoise
  • Conseil de la Coopération de la Saskatchewan
  • Conseil culturel fransaskois
  • Fédération des aînés fransaskois
Autres organismes ou programmes d’appui au projet du terroir
  • Université de Régina (Institut français)
  • Parc national du Canada de Batoche
  • Parc national du Canada de Prince Albert
  • Comité du hameau de Bellevue
  • Municipalité rurale de St. Louis no 431
  • Village de Duck Lake
  • Chaire de recherche du Canada en développement rural (Université du Québec à Rimouski)
  • Chaire UNESCO-Université Laval
  • Centre local de développement de la municipalité régionale de comté de Charlevoix
  • Région Midi-Pyrénées (France)

Notes

6 Les données statistiques présentées dans la section qui suit sont tirées ou compilées à partir des profils des communautés de 2006 préparés par Statistique Canada pour les municipalités rurales de St. Louis (RM431), Hoodoo (RM401) et Duck Lake (RM463). Il est à noter que la municipalité rurale de St. Louis comprend également les communautés de St. Isidore-de-Bellevue, Domremy et Hoey. Les références de ces profils sont les suivantes :

Municipalité rurale de St. Louis : Statistique Canada. St. Louis No. 431, Saskatchewan (tableau). Profils des communautés de 2006, Recensement de 2006, produit nº 92-591-XWF au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, 2007, version en ligne (http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/dp-pd/prof/92-591/index.cfm?Lang=FSite externe) consultée le 17 novembre 2009. Municipalité rurale de Hoodoo : Statistique Canada. Hoodoo No. 401, Saskatchewan (tableau). Profils des communautés de 2006, Recensement de 2006, produit nº 92-591-XWF au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, 2007, version en ligne (http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/dp-pd/prof/92-591/index.cfm?Lang=FSite externe) consultée le 17 novembre 2009. Municipalité rurale de Duck Lake : Statistique Canada. Duck Lake No. 463, Saskatchewan (tableau). Profils des communautés de 2006, Recensement de 2006, produit nº 92-591-XWF au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, 2007, version en ligne (http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/dp-pd/prof/92-591/index.cfm?Lang=FSite externe) consultée le 17 novembre 2009.

7 Assemblée communautaire fransaskoise. Portrait fransaskois, ACF, Saskatchewan, 2002, 27 p.

8 Depuis quelques années, on constate un intérêt grandissant dans la recherche de définitions de la population francophone représentatives de la francophonie canadienne dans toute sa diversité et complexité. Des efforts en ce sens ont été poursuivis tant aux niveaux fédéral, provincial qu’universitaire. À cet effet, on peut donner l’exemple du gouvernement de l’Ontario, qui a récemment adopté une nouvelle définition de la population francophone. Cette nouvelle définition tient notamment compte de la diversité de la population en incluant les personnes dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, mais qui connaissent et utilisent le français à la maison. De plus amples informations se trouvent dans le site Web de l’Office des affaires francophones du gouvernement de l’Ontario, à l’adresse  www.ofa.gov.on.ca/fr/annonces-090604.htmlSite externe.

9 Cette définition est le fruit d’un travail conjoint de l’Institut national de la recherche agronomique et de l’Institut National des Appellations d’Origine (appelé l’Institut national de l’origine et de la qualité depuis 2007).

10 UNESCO. Un projet pour les terroirs du monde, dossier d’information pour la 34e Conférence générale de l’UNESCO, 16 octobre au 3 novembre 2007, 11 p.

11 Comme on le verra plus tard, ces thèmes se retrouvent implicitement dans le modèle logique du Projet du terroir.



Page précédente | Table des matières | Page suivante