Mark Tewksbury

L’immersion française à 35 ans : une épreuve olympique
Par Luc Boulanger
Mark Tewksbury

Les succès abondent dans la vie du nageur de calibre international Mark Tewksbury. Médaillé d’argent aux Jeux olympiques de SéoulSite externe en 1988, il a pris sa retraite peu après avoir remporté l’or et le bronze aux Olympiques d’été de BarceloneSite externe en 1992. Toutefois, sa capacité à comprendre et à parler les deux langues officielles figure parmi les succès personnels dont il est le plus fier.   

En 2002, Montréal est choisie pour tenir les Outgames mondiauxSite externe de 2006, et Mark décide de déménager dans la belle métropole. Le nageur olympique veut participer de près à l’organisation de l’événement et il est très enthousiaste à l’idée d’enfin apprendre la langue de Molière. « Comme j’ai grandi à Calgary dans les années 1970, mon contact avec les langues officielles du Canada se limitait presque exclusivement à l’anglais. C’était le temps de changer ça », affirme-t-il.

Il se plonge dans le bain francophone en suivant un cours d’introduction de trois semaines à l’Université du Québec à Montréal, puis en emménageant dans le quartier du Plateau Mont-RoyalSite externe. « J’ai commencé l’immersion française à 35 ans et j’avoue que j’étais complètement désarçonné au début. Mais avec de la patience, beaucoup de travail et du temps, j’ai commencé peu à peu à comprendre ce qui se disait autour de moi. »

« Je pensais que le français m’aiderait à participer aux réunions et à me débrouiller dans la vie de tous les jours, mais j’étais loin de me douter que le fait de parler une deuxième langue procure autant d’avantages. Par exemple, en voyage à l’étranger, je pouvais soudain communiquer avec des Brésiliens, dont la langue est le portugais, qui ne parlaient pas un mot d’anglais, mais qui, comme moi, avaient appris le français comme langue seconde. »

Un tout nouveau monde s’ouvre à lui. « Certaines de mes conversations préférées se produisaient lors de fêtes où des francophones pratiquaient leur anglais avec moi, et où je pratiquais mon français avec eux. L’effort de s’améliorer, le partage des langues et la découverte de nouveaux mots m’apportaient une grande joie. »

Mark Tewksbury

Soudainement, le signal de détresse international « Mayday » prend pour Mark un tout nouveau sens lorsqu’il apprend l’expression « m’aider » en français. « Avant, je voyais la langue comme une barrière entre moi et mes coéquipiers francophones, mais j'ai ensuite réalisé qu’elle nous rapprochait d’une manière insoupçonnée. »

« Quand, finalement, les premiers Outgames mondiaux ont eu lieu en 2006, j’étais le porte-parole officiel. J’ai donné près de 150 entrevues en dix jours, et au moins 70 p. 100 d’entre elles en français. Tandis que quatre ans plus tôt, je ne parlais pas du tout français, je me retrouvais à courir d’une entrevue à la radio le matin à un point de presse, puis à l’émission de variétés la plus populaire en fin de soirée, et tout ça, dans ma langue seconde. »


Photos : Olivier Samson Arcand