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Reflets humains

Maintenir la flamme allumée

Par Scott Stevenson, Sherbrooke (Québec)

Ilze et Vilnis Epners avec leurs petites-filles, Anastasia et AlexandraIlze et Vilnis Epners espèrent travailler comme interprètes auprès des athlètes lettons aux Jeux olympiques de Vancouver, l’an prochain. En fait, l’équipe mari et femme porte depuis longtemps le flambeau d’une manière tout à fait canadienne : ils ont appris une seconde, une troisième et même une quatrième langue, et ils ont enseigné leur langue maternelle à leurs enfants.

Comme de nombreux Canadiens d’origine lettone, les familles d’Ilze et de Vilnis ont fui leur pays après l’invasion russe à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Vilnis est né en 1947, en Suède, où ses parents ont séjourné après avoir quitté leur pays. Ilze est née au Canada, en 1948, peu de temps après l’arrivée de sa famille au pays.

En tant que nouveaux membres de la communauté lettonne de Toronto, les deux couples de parents ont maintenu leur langue maternelle vivante. Ilze et Vilnis ne parlaient pratiquement que le letton avant d’aller à l’école; par la suite, leurs parents ont continué à leur parler letton et les ont même forcés à approfondir cette langue, sous la menace de punitions.

« Ma mère ne parlait pas anglais, explique Ilze. Mon père à peine, juste assez pour pouvoir travailler. Ils refusaient de parler anglais avec moi parce qu’ils avaient l’impression qu’ils ne me l’enseigneraient pas bien. Ils ont attendu que je l’apprenne à l’école. Par contre, pour préserver le letton, ils nous réprimandaient lorsque nous refusions de le parler à la maison. »

Discrimination fréquente

Cela se passait avant l’entrée en vigueur de la Loi sur les langues officielles.

« C’était terrible d’être immigrant, se rappelle Ilze en parlant de sa jeunesse. On nous ridiculisait parce que l’anglais n’était pas notre langue maternelle. »

Lorsque les enfants Epners, Tanja et Lara, sont nées, soit en 1971 et en 1974, le paysage linguistique canadien avait bien changé.

« Nous parlions letton à la maison, sans menace de punition, raconte Vilnis. Lorsque les filles étaient petites, c’est la seule langue qu’elles entendaient. »

« C’est une question de fierté envers notre langue et notre patrimoine, ajoute Ilze. Nous avons appris de notre passé, qui est très enrichissant. »

De l’Ontario au Québec

En 1975, Vilnis a été muté par son employeur, IBM, de Toronto à Bromont (Québec), où les Epners se sont heurtés à de nouveaux défis linguistiques.

En Ontario, Ilze était forte en français au secondaire et elle était certaine que ses connaissances lui seraient bien utiles dans son Québec d’adoption. Cependant, elle a plutôt découvert qu’en Ontario, elle avait appris le français avec l’accent et le vocabulaire de Paris – ce n’est pas tout à fait comme le québécois!

« Je pensais parler le français couramment », se rappelle-t-elle. En fin de compte, en s’intégrant à la communauté québécoise – et surtout dans le cadre de son travail à Optimist International, où elle donnait bénévolement des séances de motivation toutes les fins de semaine dans le sud du Québec – elle finit par adopter un accent et un vocabulaire plus québécois. Vilnis a appris le français dans le cadre de son travail chez IBM, à Bromont.

« Lorsque nous sommes arrivés ici, nous nous sommes pleinement intégrés à la communauté », précise Ilze.

« Je me considère comme un membre de la communauté anglophone de Knowlton. C’est ainsi que l’on nous considère ici. Mais tout le monde sait que nous parlons une autre langue. Nous avons eu une jeunesse différente des autres. »

En effet, les Epners parlent quatre langues : le letton, l’allemand, l’anglais et le français.

Bénévolat en Colombie-Britannique

Depuis leur jeunesse, les Epners font du bénévolat : ils se sont d’ailleurs rencontrés en organisant le festival de la chanson lettonne à Toronto, en 1968. Dans les Cantons de l’Est, ils apportent leur soutien à de nombreuses organisations : les comités scolaires, les concours hippiques de Bromont, le ski, le festival de musique de Bromont, la Chambre de commerce, Optimist International, le festival de musique de Knowlton et bien d’autres.

Brivpratigi stradat veut dire « travailler sans y être forcé », une expression lettonne pour « se porter volontaire ». Il ne faut pas oublier que, dans leur pays, la majorité des habitants ont longtemps été les serfs de grands propriétaires allemands. « Cela fait partie de notre vie; c’est naturel pour nous, fait remarquer Ilze. La seule façon d’avoir de l’aide, c’était de demander à quelqu’un de venir nous aider. »

« Nous avons toujours été bénévoles », ajoute Vilnis.

Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver a récemment communiqué avec les Epners pour leur proposer de devenir interprètes bénévoles auprès de la délégation lettonne. Les Epners ont envoyé leur candidature, ont passé l’entrevue et attendent maintenant une réponse.

Ilze travaille à la Commission scolaire Eastern Townships comme administratrice du programme d’études pour les étudiants étrangers. Vilnis a pris sa retraite après avoir travaillé chez IBM pendant 35 ans à titre de gestionnaire de projets de construction, de mise en marché et de ventes, ainsi que d’autres projets.


Photo

Photo : Scott Stevenson



 

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