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Franc-au-jeu!

par Christine Dallaire – Ottawa (Ontario)

C’est bien connu, le sport est bon pour la santé et les arts élargissent les horizons. Mais saviez-vous que le sport et les arts peuvent aussi contribuer au développement des communautés? Et saviez-vous que sport, arts et fierté communautaire vont parfois bien ensemble? À preuve, les Jeux de l’Acadie, les Jeux franco-ontariens et les Jeux de la francophonie canadienne qui donnent l’occasion à des jeunes du Canada de participer à des compétitions (sportives ou artistiques, ou les deux) et d’afficher leur fierté d’être francophones.

Des débuts en Acadie
Créés en 1979 au Nouveau-Brunswick dans le but de promouvoir l’usage du français et la fierté francophone chez les jeunes lors de compétitions sportives, les Jeux de l’AcadieLien autre que le gouvernement du Canada ont rapidement connu un succès retentissant. Dès 1980, une délégation d’athlètes de l’Île-du-Prince-Édouard et une autre de la Nouvelle-Écosse ont participé aux Jeux, ce qui a permis d’instaurer une solide institution acadienne.

Un succès retentissant
Le succès des Jeux est incontestable : à ce jour, plus de 80 000 jeunes ont pris part aux jeux régionaux où l’on sélectionne les athlètes qui accéderont à la grande finaleLien autre que le gouvernement du Canada. Chaque année les différents comités de la Société des Jeux de l’Acadie recrutent au-delà de 3 000 bénévoles qui veillent à l’organisation et au bon déroulement des activités. De nombreux leaders acadiens ont émergé à la suite de leur participation à cette institution sportive, et tout un réseau d’activités et d’échanges en français découle de ces jeux.

Un grand rassemblement
Aux Jeux de l’Acadie, le sport se veut un outil de développement communautaire destiné à contribuer à une jeunesse solidaire et fière de ses racines. La finale, qui attire plus de 1 000 athlètes secondés par autant de bénévoles, représente pour nombre de participants et d’organisateurs une grande fête où ils ont l’occasion de nouer ou de resserrer des amitiés. Il y règne donc une atmosphère conviviale et tous sentent qu’ils font vraiment partie de la grande « famille des Jeux de l’Acadie ». En effet, sous les allures d’un festival du sport et de la fierté francophone, la finale rassemble non seulement les jeunes qui y participent, mais aussi leurs parents et amis qui remplissent les gradins lors des compétitions et des cérémonies d’ouverture et de clôture, les inconditionnels qui regardent les Jeux à la télévision de Radio-Canada, les curieux qui attendent fébrilement les bulletins de nouvelles pour connaître les résultats des compétitions, et plus particulièrement les gens de la ville hôte qui appuient les jeunes en tant que bénévoles ou spectateurs, et pour plusieurs, les deux à la fois.

Des sports pour stimuler la fierté
Préoccupée par le taux d’assimilation des adolescents francophones, la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) a créé en 1990 une commission nationale d’étude qui a déposé, en 1991, son rapport intitulé Vision d’avenir. La commission a constaté que le sport pouvait contribuer au développement communautaire et faire naître chez les jeunes un sentiment de fierté et d’appartenance francophones.

D’est en ouest, les jeux se propagent
Ainsi, compte tenu du succès des Jeux de l’Acadie, la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) a proposé, en 1991, l’organisation de rencontres sportives dans les autres communautés francophones afin qu’il puisse y avoir une finale pancanadienne. À partir de 1992, d’autres jeux francophones dans l’Ouest et le Nord ont été créés par les associations de jeunes dont les Jeux francophones de la Colombie-BritanniqueLien autre que le gouvernement du Canada et les Jeux francophones de l’AlbertaLien autre que le gouvernement du Canada.

Ontario, place à tous les talents
Puis, les Jeux franco-ontariensLien autre que le gouvernement du Canada sont nés en 1994 sous l’égide de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO). Plutôt que de suivre l’exemple des Jeux de l’Acadie qui s’appuient sur les normes du sport organisé, la FESFO a opté pour un modèle qui offre un tremplin aux talents des jeunes et mise sur l’échange entre les participants. Ainsi, le sport ne constitue pas l’activité principale des Jeux franco-ontariens, mais plutôt un volet au sein d’un festival multidisciplinaire qui met en vedette des jeunes talents, qu’ils soient athlètes, clowns, artistes visuels, comédiens, mordus de l’improvisation, musiciens ou chanteurs, ainsi que des dirigeants des conseils scolaires et d’organismes écoliers.

Ce grand rassemblement se démarque aussi par le rôle joué par les adolescents eux-mêmes dans l’organisation des Jeux. Quoique leurs répercussions sur le développement communautaire soient moindres que celles des Jeux de l’Acadie, les Jeux franco-ontariens contribuent aussi à promouvoir l’identité francophone chez les jeunes de l’Ontario. Ils ont rapidement pris une ampleur considérable et acquis une renommée enviable. Environ 800 participants et bénévoles âgés de 14 à 18 ans y participent chaque année, et l’événement a pris l’allure d’une véritable fête de la jeunesse avec toute l’intensité que peut avoir un énorme rassemblement d’adolescents. Les jeunes sont reconnaissants d’avoir ainsi l’occasion de manifester leur fierté francophone, et leurs commentaires élogieux témoignent de leur attachement à cet événement.

Jeux de société
De son côté, la Fédération de la jeunesse canadienne-française a poursuivi ses efforts en vue de tenir des compétitions sportives pancanadiennes, des efforts qui ont abouti en 1999 à la tenue des premiers Jeux de la francophonie canadienneLien autre que le gouvernement du Canada. Il va de soi qu’on ne pourrait pas les appeler Jeux de la francophonie canadienne s’ils étaient réservés aux adolescents des communautés francophones en situation minoritaire. La Fédération a donc ouvert les compétitions aux jeunes francophones et aux francophiles, peu importe s’ils proviennent d’une petite communauté ou du Québec.

Les Jeux de la francophonie canadienne font ainsi naître des échanges entre jeunes de toutes les régions du Canada. Plus d’un millier de jeunes participent aux différents volets des Jeux (sports, arts et leadership) qui allient le caractère multidisciplinaire des Jeux franco-ontariens et les normes du sport organisé des Jeux de l’Acadie. À l’instar des Jeux de l’Acadie, les Jeux de la francophonie canadienne favorisent le développement communautaire puisqu’un grand nombre de francophones et d’institutions de la communauté hôte participent à leur organisation, ce qui a pour effet de renforcer leurs capacités organisationnelles.

Le succès des Jeux de l’Acadie, des Jeux franco-ontariens et des Jeux de la francophonie canadienne confirme que sport, arts et leadership peuvent rimer avec promotion de l’identité francophone auprès des jeunes. Cette combinaison gagnante réussit à dynamiser à la fois la jeunesse et la communauté dans son ensemble et surtout à mousser l’appartenance francophone.


Du « chiac » au français
Par Mireille Leblanc – Moncton, New Brunswick

Joel Bourgeois

Originaire de Grande-Digue, au Nouveau-Brunswick, Joël Bourgeois a participé aux Jeux de l’AcadieLien autre que le gouvernement du Canada en 1984 et 1985 et y a établi de nouveaux records à chacune des six épreuves d’athlétisme auxquelles il a participé. Ces excellents résultats ont été précurseurs de la carrière sportive de Joël, qui a représenté le Canada aux épreuves de steepleLien autre que le gouvernement du Canada aux Jeux olympiques d’Atlanta et de Sydney.

À la blague, il compare les Jeux de l’Acadie à des Jeux olympiques à petite échelle pour la jeunesse acadienne en raison des cérémonies d’ouverture et de clôture hautes en couleur, du village des athlètes et des délégations en provenance des diverses régions des Maritimes. Les Jeux de l’Acadie sont cependant bien plus qu’une rencontre sportive puisque, depuis la première finale en 1979, ils ont contribué au développement de la fierté francophone en Acadie. « Il n’était pas bien vu de parler français à Moncton dans les années 1980, et les Jeux de l’Acadie ont contribué de manière incroyable au cheminement de la langue française chez les jeunes de ma génération. À l’époque, c’était énorme, pour un jeune qui parlait « chiac », de passer une semaine aux Jeux de l’Acadie où l’on ne parlait qu’en français », souligne Joël.

Aujourd’hui, sa fille Naomie ne vit pas du tout la même situation que son père. Elle trouve tout à fait normal de pouvoir s’épanouir en français, et Joël y voit l’héritage des Jeux de l’Acadie. Pour Naomie, les Jeux sont une expérience sportive, culturelle et linguistique parmi tant d’autres et, comme tous les parents francophones, Joël Bourgeois en est bien heureux.

Joël Bourgeois travaille maintenant comme ambassadeur auprès des collectivités pour le Programme des athlètes olympiques RBC. Il a pour tâche de promouvoir le message olympique d’excellence, de collaboration et de leadership.


Des « trips de gang » imbattables
Par Mireille Leblanc – Moncton, New Brunswick

Vincent Poirier

S’il y a une fin de semaine de l’été que Vincent Poirier attend avec impatience, c’est sans aucun doute, chaque année en juin, celle où se déroulent les Jeux franco-ontariensLien autre que le gouvernement du Canada. L’histoire d’amour de Vincent avec ces jeux remonte à 1999, année où il a participé au volet Improvisation théâtrale. Une deuxième participation l’année suivante a cimenté son attachement aux Jeux. Par la suite, il y a contribué en tant qu’arbitre et animateur, et aujourd’hui il y est encore en tant que coordonnateur du volet Improvisation.

« J’ai grandi à Ottawa où vivre en français est beaucoup plus facile que dans d’autres régions de l’Ontario, mais les Jeux franco-ontariens ont quand même déclenché un réveil. J’ai pris conscience de qui j’étais et de l’importance de parler français », se souvient ce jeune comédien professionnel.

Au fil des ans, Vincent a constaté ce même éveil chez les autres jeunes qui ont participé aux Jeux. « Et cette prise de conscience les suit le reste de leur vie. Au fond, c’est la plus grande répercussion des Jeux », affirme le fier Franco-Ontarien.

Le meilleur souvenir de Vincent comme jeune participant aux Jeux franco-ontariens demeurera sans contredit ce qu’il appelle les « trips de gang ». L’énergie dégagée lors de ce rassemblement annuel de la jeunesse franco-ontarienne est sans égal, et tous les jeunes repartent avec de forts liens d’amitié et un sentiment renouvelé de fierté pour leur langue et leur culture.

Vincent Poirier participe encore aujourd’hui aux Jeux franco-ontariens comme coordonnateur du volet improvisation théâtrale. Il poursuit une carrière professionnelle de comédien et d’improvisateur, notamment au sein du groupe ImprotéineLien autre que le gouvernement du Canada.


De participante à organisatrice
Par Mireille Leblanc – Moncton, New Brunswick

Céline Bégin

En 2005, Céline Bégin a vécu une expérience hors de l’ordinaire en représentant l’Alberta aux plus hauts jeux francophones du pays, soit les Jeux de la francophonie canadienneLien autre que le gouvernement du Canada. Cette jeune athlète de Falher, en Alberta, a adoré le haut calibre des compétitions de ballon-volant et elle n’oubliera jamais l’énergie et la fierté qui se dégageaient de ce grand rassemblement de la jeunesse francophone.

« J’ai aussi vu qu’il y a plus de francophones au Canada que je me l’imaginais », dit-elle. Issue d’une communauté de langue officielle en situation minoritaire de l’Alberta, Céline a découvert, grâce aux Jeux, qu’elle n’était pas la seule à vivre cette réalité.

Elle n’a donc pas hésité une seconde quand elle a eu l’occasion de postuler pour un emploi d’été à la coordination nationale de l’édition 2008 des Jeux de la francophonie canadienne qui ont eu lieu à Edmonton en août dernier. Travailler en coulisses lui a fait découvrir les mille et un détails logistiques derrière la coordination d’un tel événement et l’immense travail d’équipe nécessaire pour coordonner les délégations provinciales et territoriales.

Une chose est cependant demeurée constante, soit l’esprit qui anime les Jeux, que l’on soit participant ou organisateur. « Les Jeux donnent la chance aux jeunes canadiens francophones de vivre une expérience sportive, artistique et de leadership en français. Ils ont la chance de présenter leurs talents devant le reste du pays, ce qui leur donne une fierté et un désir de vouloir démontrer et promouvoir leur francophonie », souligne-t-elle. Cela avait été le cas pour elle en 2005, et Céline Bégin n’a pas hésité à transmettre ce message aux participants de l’édition 2008.


Photos

Photo 1 : l'Université de Moncton

Photo 2 : Mathieu Girard

Photo 3 : Jostens