Un centre de soins unique en son genre
Plusieurs aînés se sont battus pour maintenir l’usage du français dans une province qui l’interdisait. Avec l’inauguration officielle du Centre de santé Saint-Thomas Health Centre à Edmonton, en mai 2008, la communauté francophone de l’Alberta voit un rêve se réaliser : permettre aux aînés francophones de vivre dans un contexte propice à leur épanouissement linguistique et culturel tout en ayant accès à des soins de santé dans leur langue.
Du rêve à la réalité
Ce rêve, Denis Collette, coordonnateur du projet, le convoitait depuis les années 1990. La construction du Centre de santé Saint-Thomas a été rendue possible grâce aux démarches de la communauté francophone de l’Alberta, qui a amassé au-delà d’un million de dollars en don et qui a obtenu l’appui des trois paliers de gouvernement.
« C’est le résultat d’une volonté manifeste », affirme Hubert Gauthier, le président-directeur général de la Société Santé en français. En effet, vers la fin des années 1990, le gouvernement fédéral observe que les communautés de langues officielles sont vulnérables en matière de santé. Depuis lors, grâce à l’appui de Santé Canada, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada a créé la Société Santé en français en 2002 et a mis sur pied 17 réseaux régionaux, provinciaux et territoriaux, dont le Réseau santé albertain en 2004.
Lors de la création du Réseau santé albertain, la communauté souhaitait y inclure une clinique de santé interprofessionnelle. Le Réseau a donc appuyé la communauté dans l’obtention de fonds pour la mise en place de cette clinique.
Le premier résident

Mon nom est René Charrier et, après avoir demeuré 12 ans en appartement dans le sud d’Edmonton, je suis maintenant un résident autonome du Centre de santé Saint-Thomas.
C’est mon ami, et coordonnateur du projet, Denis Collette qui m’a encouragé à déménager au Centre. Il me parlait de ce projet depuis de nombreuses années, et je lui disais : « Mais tu es fou! Vous n’arriverez jamais à obtenir les millions de dollars pour construire ce centre! »
« Lorsque j’ai vu que ça devenait une réalité, ça m’a intéressé. Vous savez, je suis le premier résident du Centre. Je m’ennuyais où je demeurais parce que il n’y avait pas de francophones dans mon voisinage avec qui je pouvais échanger. Aujourd’hui, je suis très actif et je parle beaucoup plus en français! La majorité des résidents autonomes parlent français. Nous avons organisé un club social et nous faisons toutes nos activités en français. Toutefois, on invite les anglophones aussi et plusieurs viennent à nos activités. »
« Je suis musicien et, avec le club, on offre des soirées de chansons en français. Des anglophones se joignent à nous. Je ne faisais rien de cela où je demeurais avant. Le système de transport public nous offre même le service d’un petit autobus qui vient une fois l’heure et nous amène au centre commercial le plus près. C’est merveilleux! Je suis très heureux ici! »
Unique au Canada
Selon Luc Therrien, directeur général du Réseau santé albertain, « l’inclusion d’un centre de santé communautaire pour toute la population à l’intérieur de cette résidence et centre de soins pour aînés le rend unique au Canada. » Quatre médecins y travaillent et, parce que cette clinique communautaire est aussi membre du Primary Care Network Edmonton Southside (PCN), qui regroupe environ 60 médecins, elle peut offrir les services d’une infirmière bilingue employée par le PCN deux jours par semaine.
D’autres services de santé destinés aux francophones sont hébergés sous le même toit. Il y a le réseau d’adaptation scolaire qui offre notamment des services de professionnels de la santé tels que des orthophonistes, des ergothérapeutes et des psychologues aux écoles francophones de la province. Le Campus Saint-Jean de l’University of Alberta, qui se trouve en face du Centre, loue aussi un bureau pour leur psychologue.
Grâce à la Société Santé en français et aux 17 réseaux, on diminue l’isolement des communautés francophones en situation minoritaire. Un des avantages du réseautage est le partage de pratiques exemplaires. « Partout au pays, les gens regardent ce qui se passe à Edmonton », poursuit Hubert Gauthier. Cet accomplissement fait rêver d’autres communautés francophones en situation minoritaire.
Valorisation du français dans un contexte bilingue
« Il n’y avait pas de centre de soins en établissement offrant des services bilingues à Edmonton ni dans le nord de l’Alberta, explique Denis Collette. Nous ne souhaitions pas ouvrir un centre seulement francophone, car nous vivons dans un milieu majoritairement anglophone et plusieurs de nos aînés ont des conjoints anglophones. Nous voulions plutôt créer un lieu bilingue accueillant pour tout le monde, mais où le français serait respecté et valorisé à part égal avec l’anglais. »
« On observe que certains francophones qui sont dans une relation exogame vécue surtout en anglais se réapproprient leur français depuis qu’ils sont au Centre », ajoute Denis Collette.
Récemment, le fils d’un résident anglophone exprimait son appréciation pour les services et soins offerts à son père unilingue anglophone. « Depuis qu’il est ici, on se sent mieux. On sait qu’on prend bien soin de lui. Il se fait des nouveaux amis. On le voit même dire “bonjour” à des résidents francophones ou au personnel. »
Les employés veulent parler français. « Une de mes employées anglophones est venu travailler chez nous spécifiquement pour améliorer son français. Elle insiste auprès de ses collègues francophones pour qu’ils lui parlent en français », souligne Suzanne Bugeaud, directrice générale du Centre.
Conclusion : un besoin
Bien qu’inauguré officiellement en mai 2008, le Centre de santé Saint-Thomas Health Centre a ouvert ses portes en 2007. Lina Malo, la première employée embauchée (mai 2007), constate tous les jours l’apport de ce centre à la communauté. « Depuis un an, cela a été complètement fou! C’est vraiment un service en demande et qui va devenir de plus en plus essentiel avec la population qui vieillit. Les gens apprécient le centre », confie Mme Malo.
Photos
Photo 1 : Centre de santé Saint-Thomas
Photo 2 : Réseau santé albertain
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