Les 40 ans de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick
Par Mireille Leblanc, Moncton (Nouveau-Brunswick)
Ronald LeBreton se souvient des premières classes qu’il a enseignées en 1958 dans une petite communauté francophone non loin de Campbellton dans le nord‑est du Nouveau‑Brunswick. « Les élèves ne comprenaient pas un traître mot en anglais, et tous les manuels de classe étaient en anglais, sauf celui du cours de français », dit‑il. Les enseignants devaient traduire eux‑mêmes la matière pour la transmettre à leurs élèves dont les manuels de classe ne servaient qu’à recueillir la poussière sur les tablettes.
De telles situations prévalaient alors un peu partout dans des salles de classe de la province, et ce, jusqu’à l’adoption de la Loi sur les langues officielles du Nouveau‑Brunswick, en avril 1969. « La Loi a donné une légitimité à nos revendications », soutient Ronald LeBreton.
Une période mouvementée
Robert Pichette, l’un des rédacteurs de la Loi sur les langues officielles du Nouveau‑Brunswick, était alors sous‑ministre dans le gouvernement de Louis J. Robichaud . Il se rappelle bien cette période mouvementée : « L’adoption de la Loi était un geste dangereux qui a créé des remous », lance‑t‑il. Des lettres anonymes qui dénonçaient l’utilité d’une telle loi abondaient alors dans les journaux anglophones de la province et certaines suggéraient même sans équivoque de renvoyer les francophones en France. De nombreux fonctionnaires unilingues craignaient de perdre leur emploi au profit d’une personne bilingue, et bien des gens s’inquiétaient des coûts liés au bilinguisme officiel.
Cependant, le premier ministre Louis J. Robichaud avait bien préparé le terrain et il avait l’appui du chef de l’Opposition officielle, Richard Hatfield , ce qui a fait en sorte que la Loi a été adoptée à l’unanimité. « Il y avait une volonté politique de transformer la province et de lui donner des valeurs », affirme Robert Pichette.
L’application de la Loi a, quant à elle, été un travail de titan qui s’est poursuivi sur de longues années après son adoption. « Nous savions, au départ, que nous avions un sérieux problème, soit le manque d’argent. Il est bien beau de dire que tout le monde a droit à un procès dans la langue de son choix, mais les juges devaient être formés pour le faire. Une des tâches les plus colossales a été la traduction intégrale de toutes les lois du Nouveau‑Brunswick », se souvient M. Pichette, en saluant l’apport financier du gouvernement fédéral. Un clip radio de la Société Radio‑Canada intitulé « Le Nouveau‑Brunswick officiellement bilingue » (voir clip no 8) , diffusé le 12 avril 1969, récapitule la situation.
40 ans plus tard
Le commissaire aux langues officielles du Nouveau‑Brunswick , Michel Carrier, a noté des progrès importants depuis 1969 et il croit que le paysage linguistique d’aujourd’hui est fort différent. Des situations telles que celle qui prévalait dans la salle de classe de Ronald LeBreton sont aujourd’hui inconcevables, et la langue de la province reflète maintenant mieux la réalité linguistique de la population.
Un autre progrès notable est l’adoption, en 2002, d’une nouvelle loi sur les langues officielles dans la province. Celle‑ci remplace notamment la notion de « demande importante » de services par celle d’« offre active » de services dans la langue officielle de son choix. La distinction peut sembler minime au premier abord, mais M. Carrier y voit un symbole de la progression vers l’égalité réelle dans les services offerts dans les deux langues officielles.
Par ailleurs, Michel Carrier a rencontré Louis J. Robichaud en 2004, avant le décès de l’ancien premier ministre, et ce dernier lui aurait fait part de sa fierté pour ce dossier. « Il n’aurait jamais cru qu’en 2004, nous serions rendus si loin. Ses attentes étaient beaucoup plus modestes », se souvient M. Carrier.
Malgré tout, Michel Carrier note qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre l’égalité réelle, notamment au chapitre d’un nombre suffisant de fonctionnaires bilingues dans certains secteurs, comme la santé, ou encore lorsque certains documents traduits en français sont truffés d’erreurs. Cependant, il a salué la décision récente du gouvernement provincial d’élaborer une stratégie pour assurer une meilleure application de la Loi sur les langues officielles du Nouveau‑Brunswick. « Au lieu de simplement discuter des langues officielles, quand il y a une plainte, elles deviendront une priorité de l’institution gouvernementale », a‑t‑il avancé.
Quarante ans plus tard, Ronald LeBreton, lui, tire un bilan positif de ce cheminement de la Loi sur les langues officielles du Nouveau‑Brunswick. Grâce à cette reconnaissance juridique, les enseignants ont revendiqué une série de changements qui, au fil des années, ont permis à la minorité francophone d’obtenir un statut plus égalitaire dans le domaine de l’éducation. « Nous avons attaqué ça en plusieurs étapes pour que notre programme d’étude soit francophone avec des manuels francophones créés ici », ajoute M. LeBreton.
« Je pense que la Loi sur les langues officielles a eu pour effet de changer la mentalité de la majorité anglophone par rapport à la possibilité qu’un francophone se sente égal et qu’il contribue de façon égale », conclut-il.
Lien intéressant
Vous trouverez une foule de clips concernant les langues officielles au Nouveau‑Brunswick sur le site Web de la Société Radio‑Canada .
Sources
Article intitulé « 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles », publié par le Bureau du commissaire aux langues officielles du Nouveau‑Brunswick
Photos
Photo de Monsieur Robert Pichette prise par Jacques Boudreau.
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