En novembre dernier, lors d’un forum sur la diversité organisé par le Commissariat, Peter Liang, un agent de communications à Statistique Canada posté à Vancouver, nous a raconté son histoire. Né en Chine, Peter a fait des études supérieures en Angleterre avant de s’établir à Vancouver et de commencer à travailler peu après à Statistique Canada. De nombreux incitatifs, y compris d’ordre professionnel, l’ont poussé à apprendre le français.
Comme les ressources financières disponibles au bureau étaient restreintes, Peter s’est tourné vers les outils d’apprentissage gratuits, notamment ceux offerts en ligne. Par l’entremise de l’École de la fonction publique et de la Vancouver Public Library, Peter a déniché une panoplie de ressources en ligne. « Par exemple, à la Vancouver Public Library, j’ai découvert une ressource électronique appelée “ Press Display ” (en anglais seulement), qui donne accès aux journaux de langue française du monde entier, explique M. Lang. Non seulement on peut y lire les journaux, mais aussi les écouter grâce à une composante audio. » Peter s’est aussi servi des outils à sa disposition dans le cadre de son travail. Selon lui, « le site Web de Statistique Canada constitue une ressource d’apprentissage inestimable. Tous les jours, on y publie des rapports sur une grande variété de sujets, en français et en anglais. Notre site Web est un formidable outil d’apprentissage, surtout en ce qui concerne le vocabulaire français ».
Comme Peter, de nombreux immigrants en viennent à adhérer pleinement à la valeur de la dualité linguistique et à s’intégrer merveilleusement bien dans la société canadienne et le marché du travail. D’ailleurs, nous en citons plusieurs exemples dans notre numéro du cyberbulletin.
Malgré de nombreux exemples d’intégration réussie, la politique linguistique canadienne est encore trop souvent perçue comme un obstacle de taille à l’intégration des nouveaux arrivants.
Ça vaut la peine de préciser que 90,7 p. 100 des nouveaux arrivants sont en mesure de soutenir une conversation en français ou en anglais. Chez ceux dont la langue maternelle n’est ni l’une ni l’autre des langues officielles, cette proportion est tout de même de 88,5 p. 1001.
Bien entendu, la connaissance d’une des langues officielles n’est pas le gage d’une adaptation facile. Comme vous le verrez dans l’article intitulé Double défi : jeter l’ancre dans une province bilingue, s’ils parlent français ou anglais avant leur arrivée au Canada, certains réalisent une fois sur place qu’ils doivent approfondir leur connaissance de cette langue ou s’initier aux rudiments de l’autre langue pour mieux s’intégrer.
L’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada : progrès et défis des nouveaux immigrants sur le marché du travail, menée par Statistique Canada, montre d’ailleurs que l’apprentissage des langues figure en tête de liste, après l’obtention d’un emploi, parmi les difficultés des immigrants durant les quatre premières années passées au Canada2. Les articles que vous lirez dans notre dossier spécial illustrent bien l’ampleur de ces obstacles, auxquels s’ajoute souvent le choc des cultures.
Si l’adaptation linguistique constitue un véritable défi pour de nombreux immigrants, les données du Recensement 2006 laissent croire que les difficultés s’amoindrissent avec le temps. En effet, plus les immigrants restent longtemps au pays, plus ils utilisent le français ou l’anglais3.
On doit aussi examiner la situation d’un autre point de vue : celui de notre pays en tant que terre d’accueil. En nous exposant à l’autre langue officielle, la dualité linguistique nous prépare à accueillir l’autre. En effet, apprendre une langue, c’est un peu vivre l’expérience de l’immigrant. L’incursion dans un nouvel univers linguistique nous sensibilise aux différences culturelles et aux difficultés que connaissent les nouveaux arrivants.
Quand on a surmonté les difficultés de compréhension, de prononciation et de syntaxe, pour enfin maîtriser et comprendre une nouvelle langue, on a vécu quelque chose qui ressemble au parcours de l’immigrant. Il s’agit d’une expérience qui nous enseigne l’humilité, qui suscite notre empathie et qui stimule notre sensibilité à l’égard de ceux qui ont dû s’adapter à notre pays pour s’y sentir à l’aise.
C’est en ce sens que la dualité linguistique constitue un atout du Canada en tant que terre d’accueil.
Cependant, un défi persiste : élargir constamment notre conception du « nous » ainsi que notre définition et notre compréhension de l’identité canadienne. La littérature canadienne dans les deux langues officielles accueille à bras ouverts les gens qui amènent leur passé avec eux, qu’ils viennent du Sri Lanka, d’une petite ville d’Italie, d’Haïti, de la Chine, de Mumbai ou de Beyrouth.
Le pays dans son ensemble doit davantage ouvrir ses bras et son cœur pour accueillir les changements qui façonnent déjà notre pays et pour comprendre que la diversité canadienne évolue dans les deux langues officielles.
Graham Fraser
1. Statistique Canada, Immigration au Canada : un portrait de la population née à l'étranger, Recensement de 2006 , produit no 97-557-XWF2006001 au catalogue de Statistique Canada, 2007.
2. Statistique Canada, Tendances sociales canadiennes, produit no 11-008 au catalogue de Statistique Canada, 2007, édition spéciale .
3. Statistique Canada, Immigration au Canada : un portrait de la population née à l'étranger, Recensement de 2006 , produit no 97-557-XWF2006001 au catalogue de Statistique Canada, 2007.
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