Devenir Canadien
par Robert Rothon – Vancouver (Colombie-Britannique)

On retrouve l’une des manifestations les plus charmantes et les plus inattendues de la dualité linguistique de notre pays dans une salle d’audience à Surrey, en Colombie–Britannique, où siège le juge de la citoyenneté Shinder S. Purewal. Dans son numéro du 21 novembre 2007, le magazine Maclean’s décrit la touche personnelle qu’apporte le juge Purewal à la cérémonie de citoyenneté : « Les nouveaux Canadiens récitent le serment de citoyenneté dans un français hésitant. [...] Puis, ils récitent de nouveau le serment, en anglais. » Durant la cérémonie, le juge inclut la version française du serment et prononce quelques mots en français. Il veut ainsi souligner que le Canada est fondé sur le principe de la cohabitation de deux langues – l’anglais et le français. Ce geste tout simple met néanmoins en relief l’importance des deux réalités culturelles du pays et des politiques fédérales qui les encadrent.
« Il n’y a pas de Grande Muraille de Chine entre la politique sur le multiculturalisme et la politique sur le bilinguisme » – Juge Shinder Pal Singh Purewal
Du Punjab à Surrey
Shinder Singh Purewal est né en Inde, au sein d’une famille de petits exploitants agricoles. Son père a été assassiné lorsqu’il n’avait qu’un mois (« Des voyous l’ont tué pour s’approprier nos terres et nos biens »), laissant sa mère à la tête d’une famille de quatre. Après avoir appris que de jeunes garçons du village immigraient au Canada, sa mère a décidé que sa famille vivrait dans un pays pacifique. Les Purewal sont arrivés au Canada en septembre 1979. Shinder avait 17 ans. « Je ne connaissais alors que quelques mots et phrases simples en anglais. »

Il avait appris ces quelques rudiments d’anglais sur les bancs de la petite école publique de son village. « Lorsqu’ils entrent à l’école, en première année, les élèves de tous les États étudient dans leur langue maternelle, le punjabi dans mon cas. Ils commencent à apprendre la langue nationale, l’hindi, à compter de la quatrième année et l’anglais, en sixième année. Je suis arrivé au Canada avec des connaissances de base en lecture et en écriture en anglais. » Pendant ses études à l’école secondaire Princess-Margaret, à Surrey, on lui a conseillé de s’inscrire à des cours d’anglais langue seconde dans un collège local afin qu’il puisse suivre les cours dont il avait besoin pour obtenir son diplôme. « À la fin de la 12e année, soit deux ans après mon arrivée, je parlais couramment anglais. » Apprendre le français à Surrey à la fin des années 1970 était par contre une tout autre histoire.
Combien de personnes parlent le punjabi au Canada?
Le punjabi représente 1,2 p. 100 de toutes les langues maternelles parlées au Canada, 6,1 p. 100 des langues maternelles non officielles parlées au Canada et 14,2 p. 100 des langues maternelles non officielles parlées dans la région du Grand Vancouver.
Source : Recensement de 2006, Statistique Canada.
En savoir plus : les dix langues les plus parlées au Canada.
La langue de Voltaire
M. Purewal a pris conscience du français et de son importance pour son pays adoptif pendant ses études en sciences politiques à l’Université Queen’s (Kingston, Ontario). « Après avoir étudié l’histoire politique du Canada, j’ai compris le rôle des deux groupes linguistiques dans l’établissement du fondement économique, du cadre politique et juridique, ainsi que de l’ordre symbolique de l’État. » Mais l’apprentissage du français (« Qui ne veux pas apprendre la langue de Voltaire? ») restait un objectif problématique. Ses enfants, dit-il fièrement, ont mieux réussi que lui à cet égard.
Quiconque s’intéresse à l’élaboration des politiques ne peut s’étonner du fait que bon nombre de Canadiens et de Canadiennes considèrent le bilinguisme et le multiculturalisme comme deux entités aux visées contradictoires, voire opposées. Le juge Purewal, qui a interviewé Pierre E. Trudeau pour sa thèse de maîtrise sur les aspects politiques du multiculturalisme, attribue cette opinion à l’absence d’une interprétation commune de la politique du multiculturalisme de 1971. « Ma thèse portait sur le multiculturalisme dans un cadre bilingue, explique‑t‑il. La dualité linguistique constitue un important cadre institutionnel pour tous les Canadiens, lequel permet d’établir et de maintenir un lien commun entre eux, d’un océan à l’autre. En fait, ajoute‑t‑il, le français et l’anglais sont les moyens par lesquels les immigrants peuvent avancer dans ce pays. »
L’art de la communication

Lorsqu’on lui demande comment faire en sorte que l’importante communauté sikhe de la Colombie‑Britannique appuie la dualité linguistique, le juge Purewal répond : « Pour réussir au Canada, il est absolument nécessaire d’avoir des compétences linguistiques. Tous les immigrants en sont conscients. Bien entendu, ils essaient d’apprendre la langue utilisée autour d’eux. Si nous pouvions leur offrir des cours de français de base, en plus des cours d’anglais langue seconde, les nouveaux arrivants seraient davantage sensibilisés à la dualité linguistique du pays et aux avantages qu’elle offrira à la deuxième génération. Nous souhaitons tous que nos enfants disposent d’un avantage. Toutefois, la majorité des immigrants ne savent même pas que l’immersion en français existe. »
Depuis 2005, le juge Purewal a écouté plus de 30 000 nouveaux Canadiens et Canadiennes réciter le serment de citoyenneté. Il en est venu à croire que « seul l’art de la communication nous permet de comprendre les cultures, les traditions, les coutumes, les attitudes et les croyances des autres. L’art de la communication au Canada inclut l’apprentissage de l’anglais ou du français, ou des deux langues. » Et voilà pourquoi le serment de citoyenneté est récité dans les deux langues officielles à Surrey, en Colombie‑Britannique.
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Surrey
Population : 394 976
Population immigrante : 150 235
Nombre de personnes ayant une connaissance des deux langues officielles : 20 405
Nombre de personnes dont la langue maternelle est une langue non officielle : 173 750
Vancouver
Population : 578 041
Population immigrante : 260 760
Nombre de personnes ayant une connaissance des deux langues officielles : 59 235
Nombre de personnes dont la langue maternelle est une langue non officielle : 286 135
Grand Vancouver (y compris Surrey)
Population : 2 116 581
Population immigrante : 831 265
Nombre de personnes ayant une connaissance des deux langues officielles : 162 790
Nombre de personnes dont la langue maternelle est une langue non officielle : 880 420
Source : Recensement de 2006, Statistique Canada.
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Références :
Biographie du juge Purewal : http://www.cic.gc.ca/francais/ausujet/citoyennete/commission/cit-juges.asp
Le multiculturalisme : http://www.pch.gc.ca/progs/multi/reports/ann2002-2003/01_f.cfm
L’immersion en français en Colombie‑Britannique, en 2006 : http://www.cpf.bc.ca/bc_html/Other/FramePages/img/cpf-annual-0506.pdf
(en anglais seulement)
Le bilinguisme en Colombie‑Britannique : http://www12.statcan.ca/francais/census06/analysis/language/bilingual.cfm