Réjean Thomas, le docteur de la place
par Luc Boulanger – Montréal, Québec
À 18 ans, Réjean Thomas quittait village, famille et maison à Tilley Road, au Nouveau-Brunswick, pour entreprendre des études en médecine, puis pratiquer au Québec et devenir plus tard l’un des médecins les plus connus et aimés des Québécois.
Le « bon docteur » Thomas pensait bien avoir laissé l’Acadie derrière lui. Or, après la mort de sa mère, en 2000, il a renoué peu à peu avec ses proches, ses amis et ses racines acadiennes. Il a même acheté une belle maison à Tracadie-Sheila, au bord de la mer, qu’il visite le plus souvent possible, et qu’habite aujourd’hui son père.
« Quand ma mère est morte, se souvient-il, ma famille croyait que je ne reviendrais plus en Acadie; car j’étais très proche d’elle. Or, voilà que c’est tout le contraire qui s’est produit : je [ne] me suis jamais senti aussi fier de mes racines acadiennes! »
La fierté acadienne
Mais qu’est-ce que le docteur Thomas aime tant retrouver dans la Péninsule acadienne? « Les belles valeurs de solidarité et d’entraide ainsi que la simplicité, la fierté des Acadiens, répond-il. Les Acadiens ont été élevés d’une façon différente et ils retransmettent leur sentiment d’appartenance à leurs enfants. Mes neveux et nièces sont très fiers de leur identité acadienne. C’est très important pour eux; alors que moi, à leur âge, je rêvais plutôt de Montréal… »
À Tracadie, Shippagan ou Caraquet, « la vie culturelle est très dynamique » pour une région éloignée des grands centres. « On y trouve plusieurs jeunes musiciens, peintres, poètes et autres artistes qui participent à des événements artistiques locaux. L’expression de la fierté acadienne est visible dès qu’on arrive dans la péninsule. » D’ailleurs, on voit des drapeaux acadiens partout : devant les maisons, sur les poteaux au bord des routes, sur les pare-chocs des voitures, sur les cages à homards, etc.
Sans parler de l’accueil qu’on réserve aux étrangers. « On dit ça pour bien d’autres peuples ou régions du pays, mais ici, ça se confirme à tous les instants : les Acadiens sont très, très accueillants », précise ce médecin qui a voyagé plusieurs fois à travers le monde.
Se faire servir dans les deux langues
Pour le Dr Thomas, le statut officiellement bilingue du Nouveau-Brunswick, dont on souligne aussi le 40e anniversaire en 2009, a aidé la cause des Acadiens de la province. « Quand j’étais jeune, ma mère, qui ne parlait pas anglais, me demandait de téléphoner à sa place si elle devait appeler des services publics ou gouvernementaux. Aujourd’hui, tu es en droit d’exiger d’être servi en français. »
De son avis, les Acadiens sont très proches des Gaspésiens et des Madelinots qui, tout comme eux, aiment et craignent la mer et en vivent depuis des générations. Malgré la situation économique de la région et la dureté du pays, il y a une douceur de vivre et un côté festif en Acadie qu’on perçoit plus rarement à Montréal ou à Toronto. « Quand je suis chez moi à Tracadie, le stress de la ville disparaît aussitôt. Et à chaque fois, je ne veux pas revenir à Montréal… » (rires)
Le docteur Thomas a même repris son permis de pratique du Nouveau-Brunswick, il y a deux ans, pour se donner la « possibilité » de faire de la médecine un jour dans sa région natale.
Qui sait? En plus de soigner des patients là-bas, il pourra aussi guérir les âmes des Acadiens exilés qui ont le mal du pays…
Réjean Thomas est médecin depuis plus de 30 ans. Président et cofondateur de la clinique l’Actuel à Montréal, président fondateur de Médecins du Monde Canada , il a reçu plusieurs prix et honneurs au cours de sa carrière, dont le titre de Chevalier de l’Ordre national du Québec ainsi qu’un doctorat honoris causa de l’Université de Moncton.
Photo
Photo : Michel Cloutier
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