ENGLISH
Bienvenue/Welcome au Canada

Toronto, ville reine de l’accueil ?

par Annik Chalifour, Toronto (Ontario)

Plus d’immigrants s’établissent en Ontario que dans n’importe autre province canadienne, et ils choisissent le plus souvent la région de Toronto. En fait, on dit que Toronto serait la ville la plus multiculturelle du monde. En 2006, environ la moitié des résidents étaient nés en dehors du Canada et 49 % avaient une langue maternelle autre que le français ou l’anglais. Dans ce milieu cosmopolite, comment les nouveaux arrivants francophones s’adaptent-ils? Pour le découvrir, nous vous proposons quelques témoignages.

Toronto de plus en plus francophile

Dieudonné, originaire de la République démocratique du Congo (RDC), est arrivé à Toronto en 2006. « Je me considère comme francophone, puisque j’ai fait toutes mes études en français dans mon pays d’origine avant d’arriver au Canada », dit-il. En 2008, Dieudonné a décidé de retourner aux études au campus torontois du Collège BoréalLien autre que le gouvernement du Canada, où il a poursuivi ses études postsecondaires en français. Dieudonné planifie de faire immigrer ses enfants à Toronto. « Ils fréquenteront les écoles françaises », affirme-t-il.

Dieudonné précise « qu’il n’est pas toujours facile pour un nouvel arrivant francophone de vivre en français dans un milieu minoritaire. Quand il s’agit d’affaires personnelles, telles qu’une visite chez son médecin ou son avocat, il est tout à fait légitime de vouloir s’exprimer dans sa langue première. Or, les services en français parmi les professionnels de la santé ou du domaine juridique ne sont pas facilement accessibles à Toronto. »

« En arrivant ici, malgré le fait que j’avais déjà un bon niveau de langue parlée en anglais, j’ai dû suivre des cours pour me familiariser avec le débit rapide des gens et m’aider à mieux les comprendre », ajoute Dieudonné. Selon lui, « quand on arrive dans un pays bilingue comme le Canada, il est important de connaître les deux langues pour mieux s’intégrer. On n’a pas le choix. »

Malgré tout, Dieudonné espère trouver un emploi comme informaticien au sein de la communauté francophone, de préférence. « Mais je reste ouvert à la possibilité de travailler dans un poste exigeant la connaissance des deux langues », conclut-il. Histoire de tirer profit des deux principaux terrains d’embauche en Ontario.

SylvainSylvain, également originaire de la RDC, est arrivé à Toronto, à l’instar de Dieudonné, il y a plusieurs années. « Depuis mon arrivée en 1997, je constate une amélioration de 50 p. 100 dans la livraison de services en français dans la métropole. Au début, ce n’était pas facile de trouver des francophones ni des ressources en français à Toronto. Par exemple, pour obtenir la carte d’assurance sociale, il fallait l’aide d’un interprète. Or, à l’époque, le manque d’interprètes était flagrant. Mais depuis dix ans, les choses ont beaucoup changé. Il y a davantage de ressources dédiées à l’accueil et à l’encadrement des nouveaux arrivants francophones », dit-il.

Selon Sylvain, « si l’on veut créer un équilibre entre les deux langues en Ontario, il faut utiliser le français au maximum pour développer son rayonnement à travers toute la province. » Il poursuit en expliquant que « le français est ma première langue. Quand je suis arrivé ici, j’ai dû suivre des cours d’anglais durant deux ans pour faciliter mon intégration, même si j’avais déjà acquis la connaissance de l’anglais au préalable. Mais je préfère étudier en français et cibler un travail dans le milieu francophone, justement pour continuer de promouvoir le français. Il faut multiplier les efforts pour garder la dimension francophone bien vivante dans notre environnement minoritaire. »

Sylvain est père de quatre enfants âgés de trois à huit ans. « Il est très important que mes enfants fréquentent les écoles françaises pour qu’ils puissent acquérir le vocabulaire culturel francophone d’ici », affirme-t-il. « Les écoles d’immersion ne sont pas idéales parce que l’ensemble du matériel scolaire est en anglais et que toutes les communications avec l’école s’effectuent en anglais, ce qui n’est pas toujours facile pour les parents francophones désirant aider leurs enfants », précise Sylvain.

Par ailleurs, plusieurs écoles anglaises ontariennes se sont transformées en écoles d’immersion au cours de ces dernières années. Il est impressionnant de constater que de nombreux immigrants (non francophones) choisissent d’envoyer leurs enfants dans une école d’immersion pour qu’ils puissent devenir bilingues : par exemple, l’école élémentaire Michaëlle Jean, située à Richmond Hill, et l’école secondaire Vaughan, à Thornhill.

Croissance des programmes d’aide aux nouveaux arrivants

Dans le contexte de l’immigration massive en Ontario, le gouvernement favorise de plus en plus l’implantation d’organismes sans but lucratif afin d’offrir aux nouveaux arrivants toute une gamme de services conçus sur mesure, incluant, entre autres, des cours de langue. Certaines agences paragouvernementales, en place depuis un certain temps, ont ajusté leurs programmes en fonction des besoins liés à la nouvelle composition de l’immigration.

Depuis 1990, La Passerelle I.D.E.World Wide Web site (Intégration et Développement Économique) se spécialise dans la réalisation d’activités favorisant l’inclusion des immigrants francophones dans le réseau d’éducation et sur le marché du travail de l’Ontario. Par ailleurs, l’organisme Heritage Skills Development Centre (HSDC) offre des services d’accompagnement aux immigrants depuis 1993, ciblant des groupes vulnérables parmi les jeunes, les aînés et les mères monoparentales. Le HSDC offre également des cours gratuits d’informatique et de français.

Le Centre francophone de TorontoWorld Wide Web site (CFT), établi de longue date, gère de plus en plus de programmes adaptés aux besoins des nouveaux arrivants francophones, incluant les services à l’emploi, les services de santé, les services sociaux, l’aide juridique, l’établissement dans les écoles et le programme d’aide à la petite enfance. L’Ontario Council of Agencies Serving Immigrants (OCASI), formé en 1978, sert de voix collective aux agences desservant l’ensemble des immigrants en Ontario. L’OCASI a pour mission d’atteindre l’égalité, l’accès et la pleine participation des immigrants et des réfugiés à tous les aspects de la vie canadienne.

Femmes immigrantes

FranklinaFranklina est née au Ghana. Elle est d’abord arrivée à Montréal en 2000, puis s’est établie à Toronto en 2004 pour suivre son conjoint déjà installé dans la Ville Reine. Le Ghana est anglophone. Cependant, le père de Franklina enseignait le français. Elle a vécu à Niamey, au Niger [pays de la francophonie], où elle a fait ses études primaires en français. « Au Ghana, j’ai suivi un cours de secrétariat bilingue, mais l’anglais n’était pas fort. En arrivant à Montréal, j’ai décidé de poursuivre mes études à l’Université Concordia, qui est bilingue. J’ai aussi suivi des cours particuliers de perfectionnement de l’anglais », dit-elle.

Selon Franklina, la connaissance de plusieurs langues est un atout indéniable dans la vie : « ma langue première est le twi, j’ai étudié en anglais au Ghana et en français au Niger où j’ai également appris le djerma, langue nigérienne. Je parle aussi l’espagnol. À la maison, je converse en français avec mes deux filles âgées de deux et trois ans. », commente-t-elle.

Sur le plan social, Franklina évolue présentement dans la communauté franco-torontoise. Elle explique : « L’un de mes anciens professeurs de Concordia, maintenant basé au Collège Glendon [campus francophone de l’Université de York], m’a suggéré d’aller au Collège Boréal pour améliorer mon français et devenir parfaitement bilingue. Ce qui, selon lui, m’aiderait à accéder plus facilement au marché du travail ontarien. Une fois mes études complétées, je chercherai un emploi dans un milieu bilingue, dans le secteur du travail social à Toronto. »

Le groupe Audmax Inc., basé à Mississauga, se spécialise dans l’aide à l’emploi auprès des femmes immigrantes, un programme financé par Citoyenneté et Immigration Canada. L’organisme offre une série d’ateliers de formation conçus expressément pour aider les nouvelles arrivantes à intégrer le marché du travail ontarien, dont des cours de langue.

En outre, l’organisme OASIS Centre des femmesWorld Wide Web site offre plusieurs programmes à caractère social conçus pour les femmes en difficulté, dont les femmes immigrantes peuvent bénéficier. Le Centre francophone de Toronto dispose également de programmes d’aide aux immigrantes francophones.

Madjiguène est originaire de Dakar, capitale du Sénégal. Elle est présentement étudiante internationale inscrite dans le programme Administration des affaires et marketing offert au Collège Boréal. « Je suis à Toronto depuis un mois. Ma langue maternelle est le wolof et le français, ma deuxième langue. J’ai fait toutes mes études en français au Sénégal : je suis francophone. Même si je détenais une connaissance de base de l’anglais avant de venir au Canada, je trouve parfois difficile de comprendre les anglophones d’ici : par exemple, les explications verbales d’itinéraires ou d’horaires du transport en commun. J’arrive à m’exprimer en anglais, mais la compréhension reste un défi. »

Pourtant, même si Madjiguène est tout à fait à l’aise en français et pourrait éventuellement mener une carrière en français dans le secteur des affaires de retour dans son pays d’origine, elle énonce que « l’anglais est une langue internationale importante et, puisque je me destine au milieu des affaires, je désire devenir bilingue [français/anglais]. Je voudrais que mes futurs enfants soient également bilingues. Si je restais au Canada, je chercherais un emploi exigeant les deux langues. »

Les témoignages des quatre nouveaux arrivants interviewés dans ce reportage, dont le français fait partie intrinsèque de leur identité, révèlent que, même s’ils savent l’importance de connaître l’anglais, ils tiennent à préserver leur langue et leur héritage francophone en vivant en Ontario. La langue est certes un élément important de la culture : la préservation de l’identité culturelle a une incidence directe sur son rayonnement.


Photos

Photos : Annik Chalifour de L'Express de Toronto


 

Vous avez des commentaires à nous transmettre au sujet de cet article?

N’hésitez pas à nous écrire!
Communiquez avec nous  |   Accueil  |  Médias substituts